C'est un dimanche comme les autres, et quarante motards se sont retrouvés à Deus pour un petit-déjeuner de rupture du jeûne à 8 h, suivi d'une virée vers des destinations inconnues.
Pour cette deuxième édition du Deus Kumpul-Kumpul Ride, nous avons conservé la même formule que la première. Quelques privilégiés connaissent les coordonnées, et les autres comptent sur eux pour ne pas les induire en erreur. Quelle erreur ! Je ne leur dirais jamais ça en face !
Après avoir bien mangé et fait le plein, nous avons quitté le parking et filé en direction de Tabanan. Nous avons bien sûr emprunté la route panoramique, évitant la route principale, tandis que notre joyeuse bande traversait village après village. Tout droit au marché de Krambitan, nous avons longé la rivière Tukad Yeh Ho en direction du nord jusqu'à rejoindre la route principale. Il n'y avait aucune raison de s'attarder sur ce ruban d'asphalte diabolique et dangereux qui relie Denpasar au port de Gilimanuk. Nous l'avons emprunté uniquement pour traverser le pont enjambant la large rivière, avant de nous jeter devant la circulation venant en sens inverse d'un brusque virage à droite et de reprendre notre route vers le nord, mais cette fois-ci, nous semblions aussi nous diriger vers le ciel. Batu Karu, la deuxième plus haute montagne de Bali, se dressait devant nous. Nous avons parcouru la portion de route goudronnée qui serpentait sur quinze kilomètres à pic le long de son flanc avant de rebrousser chemin. Une succession de virages sur de petites routes carrossables. Il faut dire que deux ans de négligence, voire d'absence totale d'entretien, avaient laissé des traces sur plusieurs tronçons, mais dans l'ensemble, ça reste un paradis pour les motards. À Dalang, nous avons formé un grand groupe autour d'une bifurcation, et tout le monde est descendu de moto. Une petite pause pour fumer des kreteks et se dégourdir les jambes. La vue sur la côte, en contrebas, était tout simplement spectaculaire. Il nous a fallu un bon moment pour lever les yeux et réaliser que nous étions à l'ombre d'un poulailler peu ragoûtant. Deux ou trois gars s'affairaient autour d'un deux-temps capricieux, effectuant des réparations de fortune, mais la plupart des gens se contentaient de flâner. La camionnette est arrivée et on a distribué de l'eau à ceux qui discutaient. On a donné le signal pour remonter en selle et repartir, et nous sommes partis. Six kilomètres de plus nous attendaient en montée. Les arbres commençaient à se densifier et la route sinueuse était parsemée d'ombres tandis que nous grimpions tranquillement. À un moment donné, nous avons traversé une couche nettement plus froide, la thermocline atmosphérique. Que l'on porte une veste ou non, on la sentait. Cette montagne, Batu Karu, culmine à plus de 2 200 mètres d'altitude. Juste avant les 1 000 mètres, nous avons bifurqué à gauche, la route s'incurvant. La descente fut aussi rapide que la montée. On pouvait couper le moteur et se laisser porter. On filait silencieusement à travers les virages et un flou de petits villages. Bercés par le paysage qui défilait et le retour de la chaleur, nous avons dû, environ sept kilomètres plus bas, freiner brusquement pour un virage à droite, un panneau nous indiquant de prendre un col. La route, d'abord sinueuse, est devenue carrément dangereuse. Mais ça n'a pas duré : nous avons débouché sur la route de Pupuan et fait un court trajet jusqu'au restaurant pour déjeuner. Nous avons mangé, discuté et beaucoup ri. Nous avons rencontré de nouveaux meilleurs amis et retrouvé d'anciens camarades avec qui nous avions déjà fait des virées. Un endroit parfait pour déjeuner, littéralement perché au-dessus d'une rizière. Des hôtes formidables et un repas délicieux ont constitué une conclusion exceptionnelle à notre balade du dimanche. Au moment de partir, nous avons réuni tout le monde pour la traditionnelle photo de groupe. De retour sur la route principale, nous avons grimpé quelques centaines de mètres jusqu'à une étendue de terre et d'herbe que nous avions réservée pour la compétition, l'endroit idéal pour nos courses de « lenteur ». Vous connaissez le principe : les cyclistes s'alignent en petits groupes, ou manches, pour tenter d'être les plus lents à traverser le parking sans poser le pied à terre. C'est le genre de plaisanterie bon enfant parfaite, rendue encore plus amusante après avoir ouvert les portes des vans et offert un peu de Bintang bien fraîche à la foule. Rien de bien grave qui puisse perturber le retour, mais suffisamment pour faire sourire tout le monde et déstabiliser un ou deux cyclistes qui tentaient de rouler à zéro, zéro, zéro, cinq kilomètres par heure sur ce bout de terre. Après plusieurs manches hilarantes, nous avons réduit le public d'une quarantaine de personnes aux cinq derniers, qui ont tous reçu un prix Deus. Le retour est toujours une aventure, n'est-ce pas ? On est dans ce petit groupe qui prend la route la plus directe pour rentrer à la maison. Mais la maison, c'est plusieurs destinations. Elles se ressemblent toutes, mais chacune est unique. On salue les gens qui bifurquent à gauche ou à droite sur leurs itinéraires personnels, jusqu'à ce que ce soit nous qui bifurquions. Arrivé à mon parking dimanche en milieu d'après-midi, j'ai coupé le moteur et je me suis arrêté. Je suis resté assis là un instant, sans réfléchir, à écouter le silence qui régnait à la maison. Les chiens du voisinage aboyaient, on entendait des motos au loin, les oiseaux chantaient sans cesse et on pouvait même entendre le léger crissement de mon pot d'échappement en refroidissant. J'ai ressenti cette fabuleuse sensation de satisfaction, la satisfaction d'avoir vécu une superbe virée.Vivement Deus Kumpul-Kumpul Three… ça va être énorme !